Un appel, ou une fenêtre qui s'est ouverte sur votre écran annonçant que votre ordinateur était infecté, avec un numéro à appeler. Au bout du fil, un « technicien » — Microsoft, votre fournisseur d'accès, le « service sécurité ». Il vous a fait installer AnyDesk, TeamViewer, QuickSupport ou un équivalent.
Il n'y a eu ni virus ni piratage. Vous avez donné l'accès, et c'était tout le plan. C'est ce qui rend ce scénario sérieux : la prise de contrôle n'est pas une conséquence de l'attaque, elle est l'attaque.
Ce qu'il a pu faire pendant la session
Tout ce que vous auriez pu faire vous-même, plus ce que vous ne voyiez pas :
- Voir l'intégralité de votre écran, y compris ce que vous avez tapé — codes compris
- Ouvrir vos fichiers, votre messagerie, vos mots de passe enregistrés dans le navigateur
- Se connecter à votre banque si vous l'avez fait devant lui, ou avec les identifiants mémorisés
- Installer d'autres programmes, dont un accès permanent
- Masquer une partie de l'écran pendant qu'il agissait : certains outils permettent d'afficher un écran noir « pendant la maintenance »
Le scénario classique va plus loin : il vous montre un « remboursement » qu'il aurait fait par erreur — un montant trafiqué affiché dans une fausse page de votre banque — et vous demande de lui renvoyer le trop-perçu. L'argent que vous envoyez alors est bien réel, lui.
Les gestes, dans l'ordre
1. Coupez la connexion. Wi-Fi et données mobiles, immédiatement. Débranchez le câble réseau s'il y en a un. Cela met fin à la session en cours, c'est le geste le plus urgent.
2. Désinstallez l'outil de prise en main et tout ce qui a été ajouté pendant l'appel.
3. Appelez votre banque depuis un autre appareil. Le téléphone d'un proche, ou le numéro au dos de votre carte. Dites explicitement qu'un tiers a eu accès à votre ordinateur. Demandez l'abaissement de vos plafonds et la surveillance du compte.
4. Vérifiez la liste de vos bénéficiaires de virement et vos coordonnées bancaires — téléphone et email en particulier. Un bénéficiaire ajouté discrètement est le piège le plus courant.
5. Changez vos mots de passe depuis un appareil sain, jamais depuis celui qui a été compromis. En priorité : messagerie, banque, puis le reste. Changer un mot de passe depuis un appareil sur lequel quelqu'un a peut-être laissé un accès revient à le donner une deuxième fois.
6. Faites examiner l'appareil, ou réinstallez-le si vous en avez les moyens techniques. C'est la seule façon d'être certain qu'il ne reste rien.
7. Signalez et portez plainte — 17Cyber.gouv.fr pour être orienté, THESEE sur service-public.fr ou le commissariat pour la plainte.
Si de l'argent est parti, ne renoncez pas au premier refus de la banque : notre article sur le remboursement détaille ce qu'elle doit prouver.
Si c'est arrivé à un proche
Ce scénario vise massivement les personnes âgées, et il laisse souvent plus de honte que les autres — parce que la victime a regardé quelqu'un agir sur son écran pendant des minutes, parfois une heure.
Ne revenez pas sur le « comment tu n'as pas vu ». Les opérateurs de ces centres d'appel sont des professionnels formés, ils font ça toute la journée. Ce qu'il faut, c'est les démarches, et une conversation qui ne produit pas de silence — nous détaillons ce point dans notre article sur le parent victime d'une arnaque.
Le réflexe à garder
Personne ne vous appelle pour vous signaler un problème sur votre ordinateur. Ni Microsoft, ni Apple, ni votre fournisseur d'accès.
Ces entreprises ne savent pas que votre machine existe, et n'ont aucun moyen de vous joindre. Un appel non sollicité sur ce thème est une arnaque dans 100 % des cas — c'est l'une des rares règles qui ne souffre aucune exception.
Quant aux fenêtres d'alerte avec un numéro à appeler : un vrai antivirus ne vous demande jamais de téléphoner. Fermez l'onglet, au besoin en fermant le navigateur entièrement.
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