Vous avez cliqué. Le lien venait d'un SMS de livraison, d'un mail de votre banque, d'un message qui avait l'air normal. Et maintenant vous vous demandez si vous venez de tout perdre.
Commençons par la chose la plus utile : le clic, à lui seul, est rarement le problème.
Ouvrir une page frauduleuse, sur un téléphone ou un ordinateur à jour, ne vide pas votre compte. Les navigateurs modernes ne laissent pas une page web installer quoi que ce soit sans votre accord. Ce qui compte vraiment, c'est ce qui s'est passé dans les minutes qui ont suivi.
Trois situations, trois niveaux d'urgence. Trouvez la vôtre.
Cas 1 — Vous avez seulement ouvert la page, puis fermé
C'est le cas le plus fréquent, et le moins grave.
Vous avez vu une page qui imitait La Poste, votre banque ou Ameli, quelque chose vous a mis la puce à l'oreille, et vous avez fermé. Vous n'avez rien tapé.
Ce qu'il faut faire : pas grand-chose.
- Fermez l'onglet. Ne revenez pas dessus « pour vérifier ».
- Si vous êtes sur un ordinateur, lancez une analyse avec votre antivirus habituel. Par acquit de conscience, pas par nécessité.
- Ne cliquez plus jamais dans ce message, et supprimez-le.
Ce que les escrocs savent en revanche, c'est que vous avez cliqué. Votre numéro ou votre adresse est désormais marqué comme « actif ». Attendez-vous à recevoir davantage de tentatives dans les semaines qui viennent. C'est désagréable, ce n'est pas dangereux tant que vous ne répondez pas.
Cas 2 — Vous avez saisi quelque chose sur la page
Identifiants, mot de passe, numéro de carte, date de naissance, numéro de sécurité sociale. Là, il faut agir, et vite.
Si vous avez saisi un mot de passe :
- Changez-le immédiatement, en allant sur le vrai site — que vous tapez vous-même dans la barre d'adresse, ou que vous ouvrez depuis votre application officielle. Jamais depuis le lien du message.
- Changez-le partout où vous utilisiez le même. C'est la partie que tout le monde saute, et c'est celle qui coûte cher : les escrocs testent automatiquement votre couple email/mot de passe sur des dizaines de services.
- Activez la double authentification sur les comptes concernés, en priorité votre messagerie. Votre boîte mail est le trousseau de clés de toute votre vie numérique : celui qui l'obtient peut réinitialiser le reste.
Si vous avez saisi vos coordonnées bancaires :
- Faites opposition tout de suite. Numéro au dos de votre carte, dans votre application bancaire, ou le serveur interbancaire au 0 892 705 705.
- Surveillez votre compte les jours suivants. Les petits débits de quelques euros sont des tests : ils précèdent souvent un prélèvement plus important.
- Signalez sur [Perceval](https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/R46526), le service du ministère de l'Intérieur. Attention : signaler n'est pas porter plainte, les deux démarches sont distinctes.
- Sachez que votre banque doit vous rembourser. L'article L133-18 du code monétaire et financier l'oblige à recréditer votre compte immédiatement, et au plus tard à la fin du jour ouvrable suivant. Nous détaillons ce point, et quoi faire si elle refuse, dans notre article sur le remboursement après une fraude bancaire.
Cas 3 — Vous avez installé quelque chose, ou donné l'accès à distance
C'est le cas le plus sérieux, et il concerne surtout les arnaques au faux support informatique ou au faux conseiller bancaire.
Si on vous a fait installer une application pour « résoudre le problème » — AnyDesk, TeamViewer, QuickSupport ou une autre — alors la personne a vu votre écran, et parfois pris la main dessus. Tout ce que vous avez tapé pendant ce temps, y compris vos codes, a été vu.
Dans l'ordre :
- Coupez la connexion. Wi-Fi et données mobiles, immédiatement. Cela met fin à la session en cours.
- Désinstallez l'application de prise en main à distance.
- Appelez votre banque depuis un autre appareil, ou avec le numéro au dos de votre carte. Dites clairement qu'un tiers a eu accès à votre appareil.
- Changez vos mots de passe depuis un appareil sain — celui d'un proche, par exemple. Les changer depuis l'appareil compromis, c'est les donner une deuxième fois.
- Faites examiner l'appareil si vous avez le moindre doute.
Dans tous les cas : les deux démarches officielles
- [17Cyber.gouv.fr](https://www.17cyber.gouv.fr) — le guichet unique de la police, de la gendarmerie et de Cybermalveillance.gouv.fr. Gratuit, ouvert en permanence. Vous décrivez ce qui vous est arrivé, on vous dit quoi faire.
- Porter plainte — au commissariat, à la gendarmerie, ou par écrit au procureur. Votre banque peut vous le demander, et cela ne coûte que du temps.
Le réflexe à garder
Il tient en une phrase :
On ne se connecte jamais depuis un lien reçu. On ouvre l'application, ou on tape l'adresse soi-même.
Ce réflexe ne demande aucune compétence technique et rend inopérante la quasi-totalité des arnaques par message. Peu importe que le message soit crédible, que le logo soit parfait, que le numéro affiché soit le bon : si vous n'utilisez jamais le lien, il n'y a rien à voler.
C'est aussi la raison pour laquelle un escroc met tant d'énergie à créer l'urgence. Le délai de 24 h, le compte qui va être bloqué, le colis qui va être renvoyé : tout cela n'existe que pour vous empêcher de prendre les trente secondes qui vous sauveraient.
Sauriez-vous repérer le prochain ? Notre test anti-phishing gratuit vous met face à 5 messages réels — des arnaques et des messages légitimes mêlés. Une minute, sans compte. La plupart des gens se trompent au moins une fois.