🕵️ L'arnaque du mois

Faux appel de la gendarmerie : pourquoi le vrai numéro s'affiche sur votre écran

« J'étais persuadée que c'était la gendarmerie. » Le numéro affiché était le bon. Le spoofing téléphonique a bondi de 517 % en 2025, et la loi n'a pas suffi à l'arrêter. Voici le seul réflexe qui protège.

Publié le 9 septembre 2026 · mis à jour le 12 septembre 2026 · 4 min de lecture

Ce mois-ci, TF1 diffusait le témoignage d'une victime. Une phrase résume tout le problème : « J'étais persuadée que c'était la gendarmerie. » Sur son écran s'affichait le numéro de sa brigade. Le vrai.

Plusieurs gendarmeries — en Seine-Maritime, dans la Sarthe, dans la Somme — ont alerté depuis le début de l'année. L'usurpation de numéro de téléphone a bondi de 517 % en 2025.

Ce qu'il faut comprendre une bonne fois

Le numéro qui s'affiche sur votre téléphone n'est pas une preuve d'identité.

C'est une information que l'appelant transmet lui-même, et qu'il peut choisir. Techniquement, elle a toujours été déclarative — un peu comme l'adresse d'expéditeur au dos d'une enveloppe. Cette manipulation porte un nom : le spoofing.

C'est déstabilisant, parce qu'on nous a appris pendant des années à « vérifier l'émetteur ». Le spoofing rend ce conseil inopérant : le signal de confiance que vous avez été entraîné à chercher est précisément celui que l'attaquant contrôle.

Le scénario type

L'appel est calme et professionnel. On vous annonce qu'une plainte a été déposée à votre nom, que votre identité a servi à commettre un délit grave, ou que votre compte bancaire est compromis.

Il faut agir vite. Et surtout ne parler à personne : « l'enquête est confidentielle ».

Vient enfin la demande : un virement « de mise en sécurité » vers un compte dédié, un code reçu par SMS à communiquer, ou vos coordonnées bancaires « pour vérification ».

Trois leviers sont actionnés, toujours les mêmes : l'autorité (l'uniforme), la peur (vous êtes mis en cause), l'isolement (n'en parlez à personne). Le troisième est de loin le plus révélateur.

Non, la loi n'a pas réglé le problème

Depuis le 1er octobre 2024, la France applique le MAN — le mécanisme d'authentification des numéros, fondé sur le protocole STIR/SHAKEN. Les opérateurs doivent vérifier qu'un numéro affiché appartient réellement à l'appelant. Depuis le 1er janvier 2026, un appel venu de l'étranger avec un numéro mobile français non authentifié doit s'afficher en « numéro masqué ».

C'est une avancée réelle, et le volume d'appels frauduleux a nettement baissé.

Mais les faits de ce mois-ci sont sans appel : des appels passent encore. La conclusion pratique n'est donc pas « c'est réglé ». Le dispositif filtre une partie du problème ; il ne transforme pas l'affichage en preuve. Ne fondez jamais une décision sur le numéro qui s'affiche.

La règle d'or

Raccrochez, et rappelez vous-même le 17.

Toujours. Un vrai gendarme ne vous en voudra jamais de vérifier — c'est même exactement ce qu'il vous conseillerait de faire. Vous reprenez ainsi le contrôle du canal : c'est vous qui appelez, vers un numéro que vous avez composé.

Une précaution technique importante : sur une ligne fixe, l'appelant peut maintenir la ligne ouverte même après que vous avez raccroché. Vous croyez composer le 17, vous retombez sur le complice. Attendez la tonalité, ou mieux, rappelez depuis un autre téléphone.

Retenez enfin ces trois demandes qu'aucun gendarme, aucun policier, aucun conseiller bancaire ne vous adressera jamais :

  • un virement pour « mettre à l'abri » votre argent — ce compte de mise en sécurité n'existe pas ;
  • un code reçu par SMS — ce code valide une opération : virement, paiement, ajout de bénéficiaire ;
  • de ne pas en parler à vos proches.

La dernière est la plus utile de toutes. L'isolement n'est jamais une procédure d'enquête : c'est un outil d'escroc, destiné à empêcher qu'un regard extérieur vous fasse douter. Ces escroqueries ne survivent pas à une conversation de trente secondes avec un proche — c'est bien pourquoi on cherche à vous en priver.

Un bon réflexe pendant l'appel

Demandez son nom, son grade et son unité, puis annoncez calmement que vous allez raccrocher et rappeler la brigade.

La réaction est très informative. Un vrai gendarme donnera ces éléments sans difficulté et approuvera votre démarche. Un escroc, lui, va s'agacer, insister sur l'urgence, vous expliquer que ce n'est pas possible — ou raccrocher.

En revanche, ne cherchez pas à le piéger avec des questions techniques : ces équipes sont entraînées et improvisent très bien. Rester en ligne ne fait que prolonger la pression psychologique exercée sur vous.

Si vous avez déjà donné quelque chose

Appelez votre banque immédiatement pour faire opposition et bloquer les virements en cours — les premières heures comptent énormément.

Déposez plainte : l'usurpation de la qualité d'agent public est une circonstance aggravante, et votre signalement aide à identifier les réseaux. Signalez également l'incident sur cybermalveillance.gouv.fr.

Et parlez-en autour de vous. Ces arnaques prospèrent sur la honte des victimes : chaque témoignage partagé en protège plusieurs autres.

S'entraîner à repérer ces pièges

L'édition de septembre de « L'arnaque du mois » sur Cyvio passe vos réflexes en revue, situation par situation, en cinq minutes. C'est aussi une leçon à partager avec un proche âgé : cette arnaque cible en priorité les personnes seules au moment de l'appel.

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L'équipe Cyvio

L'équipe Cyvio

Articles rédigés par le fondateur de Cyvio, ingénieur cybersécurité en exercice. Chaque conseil vient du terrain : les attaques décrites ici sont celles que nous voyons réellement circuler.

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